Interview Louis & Charles

« Notre moteur est d’aider les personnes à reprendre le contrôle de leur santé et de leur liberté. »

 

Comment les fondateurs Charles et Louis Declerck construisent, avec erudite.health, un avenir intégré et personnalisé pour les soins de santé

Et si les soins de santé n’étaient plus réactifs, fragmentés et transactionnels, mais intégrés, personnalisés et préventifs ? Pour les frères Charles et Louis Declerck, ce n’est pas une simple réflexion théorique, mais une mission concrète. Après un long parcours académique, ils décident en 2022 d’unir leurs forces. Pas pour créer « une entreprise de santé de plus », mais pour repenser en profondeur l’univers des soins.

Avec erudite.health, ils veulent reconnecter patients, médecins, science et technologie au sein d’un même système. Leur ambition est claire : ne pas seulement restaurer la santé lorsqu’elle est perdue, mais la protéger, la renforcer et l’accompagner de manière personnalisée au quotidien.

 

Le début d’erudite.health

Louis : « C’est début 2022 que Charles et moi avons senti que nous devions vraiment construire quelque chose ensemble. À l’époque, il n’y avait encore aucune idée précise. Nous travaillions tous les deux dans un fonds de biotechnologie : moi à Louvain, lui à Anvers. En mai 2022, nous avons décidé de nous donner six mois pour nous concentrer pleinement sur ce projet et définir comment développer erudite.health : quelle serait notre philosophie de la santé, quel équilibre trouver entre acquisitions et technologie. À l’issue de cette période, en décembre, nous avons fondé erudite.health. »

Charles : « Très vite, nous avons eu le sentiment qu’il fallait aller au-delà d’une approche purement transactionnelle des soins de santé. On est malade, on va chez le médecin, on reçoit un médicament, puis on rentre chez soi. »

Une complémentarité

Charles : « En réalité, tout a commencé bien avant 2022. Louis et moi sommes très proches depuis l’enfance, malgré nos six ans d’écart. Nous avons toujours su que nous travaillerions un jour ensemble, sans pour autant avoir orienté nos études dans ce sens. Louis a étudié la médecine et l’ingénierie civile, moi l’ingénierie biologique. Nous abordons les mêmes problématiques sous des angles différents, et c’est précisément ce qui fait notre force. »

Louis : « Au-delà de nos parcours académiques, nous sommes aussi très complémentaires sur le plan personnel. Je sais très clairement ce que je veux et je suis assez direct. Charles est plus nuancé. Cette combinaison apporte de l’équilibre, y compris au sein de l’organisation. »

Charles : « Il y a entre nous une connexion difficile à expliquer. Je dis souvent que nous partageons un seul cerveau, chacun avec sa moitié. Nous sommes tellement synchronisés que cela fait avancer non seulement notre collaboration, mais aussi l’entreprise. »

Louis : « C’est vrai. Nous n’avons même pas besoin de nous parler pour nous comprendre. Et nous devenons presque nerveux lorsque nous restons trop longtemps sans nous voir. Nous sommes conscients du caractère assez unique de cette relation. » 

Charles : « Mais ce que nous voulons construire avec erudite.health dépasse largement notre duo. Il ne s’agit pas de deux individus, mais d’un projet porté par une ambition plus grande. »

 

Un projet jeune, porté par une grande mission

Louis : « Aujourd’hui, erudite.health est encore jeune, plein de potentiel et animé par une grande mission : repenser fondamentalement les soins de santé. Pas de manière superficielle ou généraliste, mais en allant au cœur des choses. Comment comprenons-nous réellement la guérison ? Nous croyons que la guérison vient d’abord du corps lui-même. Les professionnels de santé jouent un rôle essentiel : ils interprètent les signaux du corps et peuvent apporter un soutien, notamment via des médicaments. Mais cette approche reste souvent centrée sur les symptômes. C’est là que nous voulons intervenir. En apprenant à mieux écouter le corps, presque à lui “chuchoter”, nous pouvons le soutenir de manière plus ciblée. Cela passe par un large éventail de leviers : alimentation, sommeil, mouvement, gestion du stress, et si nécessaire, supplémentation et médicaments. Mais il n’existe pas de solution universelle. Pas de “one size fits all”. Nous voulons faire des choix réfléchis et personnalisés. Une approche intégrée et unifiée. C’est ce que nous appelons aujourd’hui Unified Medicine. »

Charles : « Le problème avec la santé, c’est qu’on la considère souvent comme acquise. On ne réalise vraiment sa valeur que lorsqu’elle disparaît. Et à ce moment-là, le retour à l’équilibre est souvent difficile, nécessitant parfois des interventions lourdes, ou se heurtant aux limites de ce qui est possible. Combien de fois n’entend-on pas : « Si seulement j’en avais plus profité » ou « Si seulement j’en avais mieux pris soin ». C’est exactement là que se situe le cœur de notre démarche. La santé n’est pas une évidence. C’est quelque chose qu’il faut chérir et entretenir, comme on prend soin d’un enfant. »

 

« La santé n’est absolument pas une évidence, c’est quelque chose qu’il faut chérir et entretenir, comme on prend soin d’un enfant. »

 

Louis : « Charles souligne un point essential : erudite.health n’a pas été créé uniquement pour aider les personnes en bonne santé à le rester, aussi importante que soit la prévention. Nous croyons tout autant que celles et ceux qui perdent leur santé méritent mieux que d’entendre que “c’est simplement leur destin”. Certains pourront juger cela naïf et affirmer que certaines maladies sont irréversibles. Pour ma part, je crois sincèrement que nous devons toujours continuer à chercher des voies de rétablissement. Car la vie doit être libre et porteuse de sens. Libre, dans le sens de ne pas être constamment limité par son propre corps. Porteuse de sens, parce que chacun doit pouvoir choisir la direction qu’il donne à sa vie. Mais pour pouvoir faire ce choix, il faut d’abord retrouver cette liberté. Et c’est précisément ce qui nous anime : aider les personnes à reprendre le contrôle de leur santé et de leur liberté. »

 

« Aider les personnes à reprendre le contrôle de leur santé et de leur liberté, c’est ce qui nous motive. »

 

Un saut dans l’inconnu

Charles : « Tout au long du parcours que nous avons déjà accompli, Louis et moi avons surtout dû accepter de lâcher certaines certitudes. Nous avons tous les deux sautés à pieds joints. On pense savoir à peu près où l’on va, mais dans la réalité, on travaille avec des personnes et tout évolue très vite. »

Louis : « Honnêtement ? Nous sommes faits pour ça. Si j’avais trop de certitudes, je les remettrais volontairement en question. Pas par goût du chaos, mais parce que je tire mon énergie de la recherche, de l’exploration, de l’inconnu. Ce champ de tension me motive. Personnellement, j’ai le sentiment de ne rien avoir perdu, mais au contraire d’avoir énormément gagné. Aujourd’hui, nous pouvons compter sur une équipe d’environ 130 personnes, et j’en suis extrêmement reconnaissant. »

Charles : « C’est impressionnant de voir comment, en un peu plus de deux ans, nous sommes passés de deux personnes à une équipe large et engagée, unie par la même conviction. »

 

D’une santé fragmentée à une santé intégrée

Louis : « Ce qui nous frappe aujourd’hui, c’est la fragmentation des soins de santé. Un patient doit consulter différents professionnels pour, finalement, tenter de reconstituer une vision globale de sa situation. Notre objectif est d’unifier cette approche. Pas seulement via des produits, mais surtout grâce à un service. Ce service verra le jour cette année et vise à reconnecter le patient et le soignant. C’est là que nous pensons pouvoir faire une vraie différence. »

 

« Le service est la couche où nous pensons pouvoir faire la différence. »

 

Charles : « Le système classique, où le patient est orienté d’un médecin à un spécialiste puis à un autre, entraîne souvent une perte ou une fragmentation de l’information. Et cela ne sert que rarement l’intérêt du patient. En parallèle, on observe une évolution claire : les patients veulent de plus en plus reprendre la main sur leur santé. Ils comprennent qu’une approche purement symptomatique ne suffit pas. Prendre un antidouleur pour un mal de tête sans s’interroger sur la cause profonde n’est plus assez pour beaucoup. Les gens recherchent aujourd’hui une approche plus réfléchie, intégrée et durable de leur santé. »

Louis : « Les patients cherchent des informations sur internet et reçoivent des conseils diversifiés, chacun affirmant que son produit est le meilleur. Le problème, c’est que cette recherche se fait souvent sans accompagnement. Qu’est-ce qui est réellement fondé sur la science ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? C’est là que nous voulons intervenir avec erudite.health. Notre ambition est de devenir un véritable compagnon pour le médecin et le patient, et de renforcer la connexion entre les deux. Il est très important d’être clair : notre objectif n’est absolument pas de remplacer les médecins ou de poser des diagnostics. Nous voulons simplement mieux connecter le patient au soignant, afin qu’il puisse accéder plus rapidement à une solution durable et scientifiquement fondée. »

Charles : « À terme, notre objectif est de développer des parcours de soins entièrement personnalisés, pour que les patients reprennent davantage le contrôle de leur santé. Pour les médecins, nous voulons proposer un outil pratique et fiable, un véritable complément à leur boîte à outils, afin de les aider à accompagner leurs patients de manière rapide et ciblée vers un rétablissement durable. »

 

« Il n’a absolument jamais été dans notre intention de remplacer les médecins ou de poser nous-mêmes des diagnostics. Au contraire, nous voulons créer un pont entre le patient et le soignant, afin que chacun puisse accéder plus rapidement à une solution durable et scientifiquement fondée. »

 

Copy, transform, combine

Louis: « Chez erudite.health, nous cherchons à trouver le juste équilibre entre innovation, technologie et science. La science commence toujours par des questions fondamentales : quel est le lien entre l’intestin et le cerveau ? Comment les processus biologiques interagissent-ils entre eux ? Pas à pas, nous partons à la recherche de nouvelles connaissances.

La technologie, elle, a pour objectif de transformer ce savoir en outils capables de faire évoluer les pratiques et de créer un impact concret sur les processus. Cela peut passer par la biotechnologie, mais aussi par un dispositif ou une méthode. La technologie rend la science applicable.

Pour moi, l’innovation se résume en trois mots : copy, transform, combine. On s’inspire de ce qui existe, on le transforme, puis on le combine. Très rarement, on invente une roue entièrement nouvelle et je ne pense d’ailleurs pas que ce soit ce à quoi nous devrions aspirer. Ce que nous voulons, en revanche, c’est utiliser de manière innovante des connaissances et des technologies existantes. Parfois même en allant chercher l’inspiration dans d’autres secteurs, comme le spatial, l’automobile ou l’ingénierie, pour en traduire les principes au monde de la santé. »

 

« À mes yeux, l’innovation se résume en trois mots : copy, transform, combine. Il est très rare que l’on réinvente complètement la roue. »

 

Charles : « Il ne faut pas innover pour innover : ce n’est pas un principe durable. Tout le monde veut arriver avec quelque chose de nouveau et créer beaucoup d’agitation autour, mais nous, nous partons du principe never change a winning formula. Nous devons avant tout continuer à construire sur ce qui fonctionne déjà. Plus on comprend en profondeur la science et les problématiques qui l’entourent, plus l’innovation sera pertinente. Selon nous, l’innovation doit naître des problèmes concrets, et non de la volonté de créer à tout prix le next big thing. »

Louis : « Exactement. Nous partons réellement du besoin médical du patient : quelles sont les lacunes actuelles et comment pouvons-nous y répondre ? »

Charles : « L’innovation n’a pas toujours besoin d’être spectaculaire. Oui, nous voulons changer le monde, mais cela prendra du temps. La véritable innovation consiste souvent à résoudre des problèmes pour lesquels il n’existe aujourd’hui aucune réponse. Nous venons tous les deux du monde de la biotechnologie, où nous avons travaillé sur des pathologies lourdes pour lesquelles il n’existe pas encore de parcours thérapeutiques. Ce sont ces domaines où les patients entendent souvent : « Si vous aviez développé cette maladie dix ou vingt ans plus tard, il y aurait peut-être déjà une solution. » Pendant nos études, nous l’avons vu très clairement : il y a toujours un point où la science s’arrête. Et c’est précisément dans cet espace, là où la science s’arrête aujourd’hui, que commence la recherche de nouvelles solutions et c’est aussi la partie que nous trouvons la plus passionnante. »

Louis : « Nous ne voulons d’ailleurs pas nous concentrer uniquement sur les pathologies les plus lourdes. Nous voulons aussi résoudre des problèmes plus courants, mais qui ont un impact réel sur le confort de vie des patients. Pensez par exemple au syndrome de l’intestin irritable : beaucoup de personnes traversent des années de souffrance avant de recevoir une aide adaptée. »

« L’innovation n’a pas toujours besoin d’être spectaculaire. La véritable innovation réside souvent dans la résolution de problèmes pour lesquels il n’existe aujourd’hui encore aucune réponse. »

 

 

Choix conscients

Louis : « En écrivant l’histoire d’erudite.health, nous avons aussi fait le choix, de manière très consciente, de ne pas emprunter certaines voies. Très tôt, nous savions que nous ne voulions pas développer notre propre marque de médicaments ou de compléments alimentaires. Nous avons donc opté pour une stratégie d’acquisitions, car elle nous permet d’allier crédibilité, base scientifique et part de marché. Ces trois éléments doivent être parfaitement alignés, et cela a été un véritable défi.

Nous avons examiné de manière très critique les opportunités dans notre pays pour identifier des entreprises intéressantes. Finalement, notre choix s’est porté sur Nutriphyt et le Labo Trenker. Notre choix s’est porté sur Nutriphyt pour l’histoire et la rigueur scientifique de ses formules, mais aussi pour la vision développée par feu Gabriël Devriendt, qui nous a profondément marqués. Trenker s’est imposé comme la suite logique, notamment parce qu’ils disposent de leur propre production et pas n’importe laquelle, une production de très haut niveau.

À présent, c’est à nous de faire nos preuves auprès de notre écosystème : patients, professionnels de santé et partenaires. »

2026, un nouveau tournant

Louis : « Pour erudite.health, 2026 sera une année clé, un véritable tournant. Nous commençons par développer des soins sous la forme de services ciblés, que nous traduisons ensuite en spécialisations claires. Cela signifie que nous n’adoptons pas une approche généraliste, mais que nous travaillons par domaine de santé. Prenons l’exemple d’une personne souffrant de troubles digestifs : nous ne voulons pas l’aborder uniquement sous l’angle des symptômes, mais l’accompagner à travers un parcours intégré et personnalisé.

Concrètement, nous nous appuyons sur trois piliers fondamentaux : l’alimentation, le mouvement et la gestion du stress. Pour chacun de ces axes, nous développons un accompagnement ciblé en matière de nutrition médicale, de mobilité et de mode de vie, complété par un soutien adapté lorsque cela s’avère nécessaire. C’est ainsi que nous construisons, étape par étape, des parcours pratiques et applicables, qui aident les personnes à améliorer durablement leur santé. »

Louis : « Mais la nutrition médicale est bien plus complexe qu’on ne l’imagine. Il ne s’agit pas simplement de “manger sainement”, mais de comprendre ce qui est scientifiquement fondé, et comment des ingrédients spécifiques interagissent avec l’organisme. Aujourd’hui, il existe une base scientifique très solide sur ces sujets, portée par d’excellents chercheurs, tant au niveau national qu’international.

Nous optons délibérément pour une approche agnostique : pas d’étiquettes de régimes, mais la science comme point de départ. Si la recherche montre, par exemple, que les solanacées comme la tomate sont à éviter durant une phase inflammatoire, nous traduisons cela en recommandations concrètes. Non pas de manière idéologique, mais sur base de preuves scientifiques.

Aujourd’hui, un patient se voit souvent proposer un produit ou un traitement, ce qui peut être pertinent, mais cela ne suffit pas selon nous. Cela reste transactionnel. Nous pensons que l’accompagnement doit être plus large : que mange la personne ? Comment vit-elle ? Comment soutenir un rétablissement durable ? Plus tard cette année, nous lancerons un outil d’IA que nous intégrerons à ce service. Je ne peux pas encore en dire beaucoup, si ce n’est que ce ne sera pas une application de nutrition de plus. »

 

« Notre ambition est claire : chacun, partout, doit avoir accès à un accompagnement de qualité pour sa santé. »

 

Ambitions internationales

Charles : « Nous voyons l’histoire d’erudite.health en grand. L’internationalisation est une priorité claire, en Europe mais aussi au-delà. Nos logiciels et nos services doivent, à terme, devenir une composante naturelle des systèmes de soins dans chaque pays. Nous sommes toutefois conscients que ce n’est pas une tâche simple. Chaque pays possède ses propres canaux validés, sa réglementation et ses parcours de soins. Cela exige une approche réfléchie et structurée. »

Charles : « Pour nous, le logiciel agit comme un flywheel : un véritable levier qui accélère nos ambitions et rend la montée en échelle possible. En parallèle, nous voulons également que nos produits, développés et fabriqués en Belgique selon les normes de qualité les plus élevées, soient plus largement accessibles grâce à de solides partenaires de distribution. Notre ambition est claire : chacun, partout, doit avoir accès à un accompagnement de qualité pour sa santé. »

 

De la vision à l’impact

Louis : « Lorsque nous regarderons en arrière à la fin de cette année, j’espère avant tout que nous aurons réellement gagné en traction. Je voudrais que les professionnels de santé soient convaincus qu’à côté d’un modèle classique et transactionnel, il existe aussi une place pour une médecine unifiée. Je veux que nous puissions montrer des résultats concrets, des cas solides et un impact réel sur la vie des patients. Que nous n’ayons pas seulement soigné des personnes, mais que nous leur ayons aussi rendu leur liberté. »

Regard vers l’avenir

Charles : « Si nous regardons au-delà de cette année et nous projetons sur les dix prochaines, ce que nous construisons aujourd’hui prendra une ampleur plus grande encore. Dans dix ans, il ne s’agira même plus seulement de modèles ou de systèmes, mais de philosophie. J’aimerais que nous ayons contribué à faire évoluer l’état d’esprit de chaque professionnel de santé et la manière dont ils perçoivent la santé et le rétablissement. Si nous parvenons à faire évoluer cette perception, alors nous aurons réellement changé quelque chose de fondamental. »